BATAILLONS DE CHASSEURS

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 Les combats de Sidi-Brahim

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Yvick HERNIOU
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MessageSujet: Les combats de Sidi-Brahim   Sam 10 Mar 2007 - 15:09

Les combats de Sidi-Brahim
(23-26 septembre 1845)


Le 21 septembre 1845, le général Cavaignac part de Tlemcen avec une colonne d’infanterie pour mettre les Traras au pas et les empêcher définitivement de piller les tribus soumises. Une autre colonne aux ordres du lieutenant-colonel de Barral se trouve dans le secteur de Nedroma, le 22 septembre.
Le 21 septembre, la présence de l’émir Abd-el-Kader est signalée sur les frontières du Maroc, non loin de la tribu des Souhalias, tribu puissante et ralliée à la France.
Des ordres ont été donnés pour que les relations avec cette tribu soient ménagées mais les Souhalias redoutent la vengeance de l'émir. En conséquence, il faut soutenir la tribu contre l’émir.
Le lieutenant-colonel de Montagnac, commandant la garnison de Djemmaa Ghazaouet, reçoit, le matin du 21 septembre, un message du chef de la tribu des Souhalias, le caïd Mohamed-El-Trari, qui vient réclamer le secours des Français et s'engage, si la garnison veut venir s’embusquer dans sa tribu, à lui livrer Abd-el-Kader.
Alexandre Dumas précise : « …Le rêve de tout chef de poste est de prendre l’émir : rêve glorieux qui, pour beaucoup, est allé s’éteindre dans la mort. C’était du reste celui qui constamment avait préoccupé le colonel Montagnac ; dix fois ses amis lui avaient entendu dire :
- Je prendrai l’émir ou je me ferai tuer…. »



L'émir Abd-el-Kader (Collection Lamblard)


Le lieutenant-colonel de Montagnac décide d’aller porter secours aux Souhalias et fait parvenir un message en ce sens.
Le dimanche 21 septembre, à 22 heures, une colonne aux ordres du lieutenant-colonel de Montagnac sort de la garnison. Elle est composée de 426 hommes dont :
- 354 chasseurs (9 officiers et 345 hommes) du 8e Bataillon de Chasseurs d’Orléans, aux ordres du chef de bataillon Froment-Coste,
- 67 cavaliers (3 officiers et 64 hommes) du 2e Régiment de Hussards, aux ordres du commandant Courby de Cognord.
Dès lors, le prétexte de l’appel au secours du caïd entraîne la colonne française vers le traquenard.
A l’ouest de la garnison, à environ 15 km, le 1er bivouac est situé à El Hadj Abd Allah, le 22 septembre de 2 heures à 4 heures. Vers 8 heures du matin, au moment du déjeuner, un messager arabe apporte des informations : « l’émir s’avance avec des forces importantes et se dirige sur Sidi Bou-Djenane », soit 18 km au sud du bivouac.
La colonne quitte le bivouac et se dirige donc vers le sud et s’arrête dans l’Oued Taouli, de 13 heures à 23 heures. Un émissaire apporte un courrier au lieutenant-colonel de Montagnac, envoyé par le capitaine Coffyn, commandant intérimaire de la garnison, précisant que « le lieutenant-colonel Barral lui réclame trois cents hommes du 8e bataillon de chasseurs à pied pour aller appuyer le général Cavaignac en ce moment en opération chez les Traras… »
De Montagnac appelle les deux commandants. Il leur annonce que le colonel lui demande 300 hommes du 8e bataillon pour le général Cavaignac qui se trouve sur la route d’Aïn-Kebira (8 km est de Nedroma). Le détachement se résumerait alors à 120 hommes et imposerait le retour vers la garnison « ce qui serait une honte pour nous après l’avis que nous venons de recevoir, puisque nous aurions l’air d’abandonner nos alliés. Mon opinion est de conserver l’attitude que nous avons prise vis-à-vis d’Abd-El-Kader. Est-ce la vôtre ? L’avis des deux officiers fut conforme à celui du colonel… »
Le colonel de Montagnac fait parvenir au capitaine Coffyn une réponse négative.
A 23 heures, le bivouac est levé et la colonne se déplace vers Sidi-Moussa El Amber. Le 23 septembre, un bivouac y est installé de 2 heures à 6 heures trente. Le camp n’est en fait qu’un point de rassemblement. Les tentes ne sont pas dressées et les mulets ne sont pas déchargés.


Monument des combats de Sidi-Brahim à Oran, Sculpteur Dalou (Collection Lamblard)



Le 23 septembre

L’engagement au Djebel Kerkour
Le 23, à 6h00 du matin, de Montagnac observe que les cavaliers arabes repérés la veille sont toujours à l’ouest en position d’observation. A 6h30, le lieutenant-colonel donne ses ordres. Il prend avec lui 3 compagnies sur 5 et les hussards pour remonter le ravin de l’Oued Mettous en direction du Kerkour. Le commandant Froment-Coste reste au bivouac avec la compagnie Burgard et des carabiniers du capitaine de Géreaux plus 7 hussards dont le hussard Natali. Les sacs à dos et les bagages sont laissés au bivouac.
Les hussards, aux ordres du commandant Courby de Cognord (chef de détachement) et du capitaine Gentil de Saint-Alphonse (commandant le 2e escadron), s’élancent vers le Kerkour. Les cavaliers arabes repérés partent en arrière et se laissent poursuivre puis reviennent avec des groupes, cachés par le mouvement de terrain. Cette fois-ci, ils sont environ deux cents. Les ordres sont maintenus et les hussards continuent.
Abd-El-Kader est sur le Djebel Kerkour et observe les actions successives. Le gros de ses troupes est massé au sud-ouest des crêtes et n’attend que le moment favorable pour agir. A ce moment là, les hussards sont à l’est-nord-est du Djebel Kerkour. Tout à coup, une masse énorme de cavaliers arabes débouche de tous côtés : « … les uns arrivent sur la droite de Courby de Cognord, grâce à des ravins qui ont dissimulé leur marche, par le petit col de Dar-Zaouia, ce sont les soldats du khalifa Bou-Hamidi ; les autres surgissent devant son front, en franchissant les crêtes du Djebel Kerkour ; ce sont les fidèles d’Abd-El-Kader, commandés par l’émir en personne… »
Plusieurs charges des hussards repoussent les cavaliers ennemis mais le nombre est trop important. Ils sont bien vite encerclés et réduits à une trentaine mais tentent de rejoindre les trois compagnies de chasseurs qui arrivent.
Le capitaine de Saint-Alphonse et le lieutenant Klein sont tués. Le commandant Courby de Cognord a un cheval tué sous lui. Le colonel de Montagnac a une balle dans la poitrine et envoie un hussard demander du secours au commandant Froment-Coste.



Une nouvelle charge de hussards est exécutée et repousse les Arabes de 100 à 150 mètres. Malheureusement, le combat se morcelle. Des charges partielles ont lieu par quatre ou par six. Les chevaux tombent, les hussards sont à pied et résistent vaillamment jusqu’au bout. Des isolés se défendent individuellement jusqu’à ce qu’ils soient tués ou pris.
Les trois compagnies de chasseurs arrivent, officiers en tête, sur les flancs des cavaliers arabes encerclant les hussards. Elles prennent position et forment le carré, aux ordres du capitaine de Chargère, dans le pus grand ordre. « Les Arabes se ruent sur cette forteresse vivante, mais 300 baïonnettes vont trouer les poitrines des audacieux soldats d’Abd-El-Kader. Nos soldats font un carnage terrible… »
« … Soudain, sur la plus haute crête, on voit flotter le drapeau blanc d’Abd-El-Kader… Il descend de la montagne comme une avalanche, au galop de son cheval. Sa vue produit sur les fuyards l’effet d’une commotion électrique. Le combat recommence avec une nouvelle fureur. Au milieu d’une mêlée horrible, sur une terre couverte de sang, on n’entend plus que les cris lamentables des blessés et les hurlements sauvages des vainqueurs… »
Ca fait un peu plus d’une heure que le combat dure. De Montagnac meurt parmi les derniers hussards qui résistent fermement.
« … Hélas ! Bientôt le carré a brûlé sa dernière cartouche. Alors commence une scène horrible de destruction. Nos soldats, frémissants, leurs fusils muets dans les mains crispés, attendent le choc des Arabes ; ceux-ci ne s’approchent plus, ils fusillent de loin et tirent sur eux comme sur une cible vivante… les chasseurs sont abattus les uns après les autres et dans ce vaste égorgement, pas un de ces braves ne baisse son regard devant la mort qui frappe lâchement, pas une de ces héroïques victimes du devoir et de la discipline ne songe à rompre les rangs ; ils tombent à leur place et meurent sur l’alignement… »
Tressy, dans son deuxième récit du 26 septembre 1892, reprend le journal des marches et opérations du 8e bataillon : « … Plus tard des frères d’armes viendront recueillir leurs ossements blanchis formant toujours le carré et attestant la vérité de cette parole d’un des leurs, échappé au carnage : "sans cartouche, ne pouvant plus riposter, ils ont attendu la mort et sont tombés comme un vieux mur que l’on bat en brèche"… »



La 2e compagnie du capitaine Burgard, le clairon Rolland, le capitaine Dutertre et le commandant arrivent au pas chasseurs. Ils sont une soixantaine et forme aussitôt le carré dans le secteur du marabout de Sidi-Tahar. Dès les premiers engagements, le commandant est tué. La compagnie change de position pour la troisième et reforme le carré autour du capitaine Burgard qui vient d’être blessé mortellement.
« C’est alors que le commandement tomba aux mains de l’adjudant Thomas et, à ce moment de désarroi, le sergent Saint-Martin s’écria : "A la baïonnette, mes garçons ! " Usant aussitôt de cette arme, nous fîmes reculer la cavalerie ennemie de 50 à 60 mètres. Nous n’étions plus à ce moment que douze ou quinze pour nous battre.
Aussitôt apparurent les fanions d’Abd-El-Kader, encourageant la cavalerie qui nous cerna de plus près... Nous étions écrasés par le nombre et bientôt piétinés par les chevaux qui fondirent sur nous de toutes parts… »

Le lieutenant Colin, du 8e bataillon, confirme : « …Là commence un nouveau carnage ; nos hommes se battent comme des lions mais tous succombent… »
Au bout d’une heure de combat (vers midi), les derniers survivants sont faits prisonniers dont le capitaine Dutertre, l’adjudant Thomas, le maréchal des logis Barbut et le clairon Rolland.

Le marabout de Sidi - Brahim
Vers 11h00, il ne reste plus du 8e bataillon de chasseurs d’Orléans que la compagnie de carabiniers du capitaine de Géreaux, trois escouades de la 3ème compagnie et le caporal Lavayssière qui sont à la garde du troupeau et des bagages, soit environ 80 fusils. Les cavaliers ennemis arrivent à toute vitesse et de Géreaux voit le danger. Il décide d’abandonner le camp et de se retrancher dans le marabout de Sidi-Brahim.

Le lieutenant Chappedelaine organise le marabout et jette un dispositif en plaçant 20 carabiniers, chasseurs et hussards par côté. Les dispositions de combat de défense sont données, un genou à terre. Le capitaine s’installe au centre du dispositif avec l’interprète Lévy.
Les vainqueurs des hussards et chasseurs entourent le marabout. « Alors l’assaut commence : c’est un feu d’enfer. Repoussés, les Arabes reviennent à la charge avec une nouvelle audace et l’assaut reprend avec une furie grandissante. La terre se couvre de leurs morts ; mais ce nouvel échec semble rallumer leur rage. Aussi loin que la vue peut s’étendre sur toute la plaine, l’œil n’aperçoit que des burnous et cette multitude grouillante, comme une vague immense, se rue avec une audace incroyable sur nos fragiles remparts. La lutte se poursuit ainsi ardente environ cinq quarts d’heure… »
« … Abd-El-Kader parcourut le lieu du carnage et rendit hommage à la valeur des chrétiens… il remarqua avec une tristesse profonde que gisaient aussi des monceaux de ses cavaliers, de ceux qui, combien de fois ! sous ses yeux mêmes, avaient fait vaillamment leurs preuves… »


Monument des combats de Sidi-Brahim à Périssac (Collection Lamblard)


YH


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MessageSujet: Re: Les combats de Sidi-Brahim   Sam 10 Mar 2007 - 15:10

Première sommation
Abd-El-Kader envoie une lettre écrite par l’adjudant Thomas au capitaine de Géreaux en leur promettant la vie sauve. « …Le capitaine rend au messager le billet sur lequel il a écrit une simple phrase : "Les chasseurs d’Orléans ne se rendent pas !"… »
Un nouvel assaut est donné par les Arabes et est aussitôt repoussé.

Deuxième sommation
L’émir envoie aux assiégés un émissaire qui leur transmet sa lettre écrite en arabe. Elle est traduite par l'interprète Lévy et annonce : « Toute résistance est inutile, tout secours est chimérique. Que le capitaine français et les siens déposent les armes, ils auront la vie sauve. »
« Le capitaine fait répondre que ses chasseurs et lui sont sous la garde de Dieu et qu’ils attendent l’ennemi de pied ferme… »



Troisième sommation
Exaspéré, l'émir renvoie un nouveau messager, demandant aux combattants de se rendre immédiatement sous peine des pires représailles...
Géreaux ne peut répondre lui-même. Le capitaine comme le lieutenant sont blessés et ne tiennent plus réellement debout. Un caporal demande au docteur Rosagutti qui soigne les deux officiers son crayon et répond de nouveau par un message en ces termes : « M... pour Abd-El-Kader ; les chasseurs d’Orléans se font tuer, mais ne se rendent pas. » Le capitaine lit la réponse et lui dit : « Tu as raison, caporal, fais-leur tenir cette réponse. »
C’est une nouvelle attaque puissante et une nouvelle fois sans succès.

Le capitaine Dutertre
Abd-El-Kader demande que le capitaine Dutertre donne l’ordre de reddition au marabout. L’interprète de l’émir s’approche du capitaine et lui dit « Capitaine, l’émir veut que tu ailles jusqu’au marabout pour engager tes camarades à se rendre, sous peine d’avoir la tête tranchée quand tu reviendras. Ta parole d’honneur ? » Le capitaine Dutertre lui donne sa parole. « …Il part en allumant une cigarette. Les quatre-vingt hommes l’attendent sur leurs murailles. Il s’arrête à vingt mètres du marabout et leur crie :
"Camarades, l’émir m’envoie vers vous pour vous engager à mettre bas les armes. Si vous vous rendez, il vous promet la vie sauve. Si vous ne vous rendez pas, je serai décapité. Et moi, je vous dis au contraire : Défendez-vous jusqu’au dernier, mais ne vous rendez pas !"
Le capitaine Dutertre retourne au camp. Sa cigarette est fumée. Il en a encore le bout aux lèvres quand sa tête tombe… »
Sa tête aurait été triomphalement présentée devant les murs du marabout...



Le clairon Rolland
L’émir fait venir le clairon Rolland (prisonnier au marabout de Sidi-Tahar) et lui intime l'ordre de sonner la retraite. Rolland, à pleins poumons, sonne la charge sachant par avance qu'il va être décapité.
Le hasard en a voulu autrement et il a la vie sauve.

L’oreille d’Abd-El-Kader
Abd-El-Kader fait venir un groupe de dix prisonniers. Il pense entamer le moral des résistants et leur arracher la capitulation. Lavayssière voit arriver le groupe. La chance veut qu'il reconnaisse un compatriote du Midi, un dénommé Arrieux. Il lui lance en patois : "Arrioux, couxa bous !" (Arrieux, couchez-vous !).
En même temps, il se jette à terre et fait coucher ses camarades prisonniers. Les chasseurs du marabout appliquent des feux terribles sur l'escorte et sur l'entourage de l’émir. Le résultat est net : des gardiens de l'escorte sont tués ou blessés grièvement. Des dignitaires, à 700 ou 800 mètres du marabout, n'échappent pas à la fusillade, l'émir est lui-aussi touché à l'oreille.
Dès la fusillade terminée, trois charges sont lancées contre le marabout et c’est un nouvel échec. L’émir décide de quitter le champ de bataille et laisser en place 7 postes de 50 hommes autour du marabout.

Les Couleurs sur le marabout
Vers 16h00, de Géreaux aperçoit de loin un groupe de cavaliers. Il pense à la colonne de Barral qui, avec le 10e bataillon de chasseurs d'Orléans, opère non loin de là. Il imagine attirer l’attention.
Il fait confectionner un drapeau et demande à Lavayssière de désigner un chasseur pour le hisser. Le caporal lui répond : "Mon capitaine, je préfère y monter moi-même, car ce serait envoyer un chasseur à une mort certaine." Lavayssière prend sa cravate bleue de chasseur, la ceinture rouge du lieutenant Chappedelaine et le mouchoir blanc du capitaine de Géreaux.
Azan écrit : « … Et voilà les trois couleurs assemblées ; il manque encore une hampe : on prend un des deux roseaux qui étaient là, celui qui ne servait pas de boîte aux lettres, on fixe le drapeau à son extrémité et le carabinier Strapponi monte attacher au haut des figuiers le glorieux emblème de la patrie. Une grêle de balles accueille l’apparition du brave soldat ; Strapponi ne s’émeut pas, il s’acquitte de sa périlleuse mission sans être atteint et fait flotter le drapeau au-dessus du marabout et de ses défenseurs… »
En fin d’après-midi, le calme revient. L’ordre est d’économiser les munitions chez les défenseurs du marabout.

Le 24 septembre
Tressy explique : « … Le 24, au lever du soleil, l’émir vient lui-même en personne à la tête de ses réguliers, cavaliers et infanterie et le branle-bas recommence. Reçue par une grêle de mitraille au travers des créneaux, toute la cavalerie a beau donner, elle n’arrive qu’à nous exténuer ; elle perd beaucoup de monde… »
« A 10H00, le combat reprend encore plus furieux mais aucun Arabe ne peut franchir le retranchement… »
« Nous jugeant épuisés par une lutte acharnée de trois jours, nous sachant sans munitions et sans vivres et nous croyant incapables de sortir de notre enceinte, Abd-El-Kader fait sonner la retraite, part avec ses troupes, laissant seulement 450 hommes pour nous observer ; comptant sur la famine plus puissante que ses armes pour achever son œuvre… »

La soif ardente commence à préoccuper les chasseurs et les hussards.

Le 25 septembre
A 8H00, un nouvel assaut se prépare.
Encore plus furieux, il est lancé par les Arabes et les Kabyles. Cette fois-ci, les affaires sont sérieuses. Une première salve fait un dégât monstre : l'ennemi est stoppé net dans son offensive. Mais il repart à la charge. Il faut en venir cette fois au corps à corps, à la baïonnette, au jet de pierres et au sabre. Les chasseurs montrent une telle énergie dans cette action que les Arabes perdent un nombre considérable de combattants. Les chasseurs font un véritable carnage ! L'ennemi s’enfuit et n'ose venir ramasser ses blessés et ses morts qu'à la faveur de la nuit. Tant mieux car les remarquables défenseurs économisent les cartouches, ce qui explique les jets de pierres.
Les assiégés n'ont plus rien à boire ni à manger. Le caporal Lavayssière écrira plus tard : « Nous fûmes obligés de boire notre urine que nous mêlâmes à une bouteille d'absinthe. »
Les pertes arabes sont énormes. Il n'est pas pensable qu'une poignée d'hommes tienne tête à l’armée de l’émir. Côté chasseurs, la situation n'est pas brillante. Il n'y a plus d'eau depuis bien longtemps, des vivres encore moins. Les vaillants combattants ont pourtant un moral d'acier. Ils demandent à leur capitaine de tenter une sortie. Géreaux donne son accord. Lavayssière en profite pour récupérer son drapeau criblé de balles.

Le 26 septembre : le retour héroïque
Le vendredi 26 septembre, à 6H00, nos 73 chasseurs et hussards, emportant 7 blessés avec eux, sortent discrètement en dehors du marabout, côté nord. « …Les carabines sont bourrées avec double charge et huit morceaux de balles… »
Les murs sont franchis sans bruit et rapidement. Le 1er poste est enlevé. Les Arabes sont stupéfaits par tant d’audace. Les chasseurs, carabiniers et hussards forment aussitôt un carré et partent vers le nord, en direction de la garnison. Bongrain précise « Il ne fallait pas moins de cinq heures pour gagner Nemours au pas… »

Le Premier Carré
Ce premier carré passe par le versant sud du Koudiat. A la hauteur de Tient, les habitants assaillent le carré et font 5 à 6 blessés.

Le Deuxième Carré
C’est le premier arrêt du détachement. Il dure 10 minutes et coûte la vie à trois chasseurs. Le capitaine de Géreaux sent sa fin et tend ses 4 cartouches au carré.
Le carré se forme et la troupe repart dans la direction de Djemmaa-Ghazaouet. Le drapeau de fortune du marabout flotte haut.
Natali explique : « …Lorsqu’on fit halte en face du fort (du blockhaus) nos clairons sonnèrent pour demander du secours. Nous faisions des signaux ; mais je n’ai rien aperçu du côté du fort. Un village arabe que nous avions également en face (celui des Ouled-Ziri) était au contraire en ébullition ; il se préparait à descendre la côte vis-à-vis de nous pour nous couper la retraite… »
Le carré continue sa progression et descend en direction de l’oued Mellah. Il débouche à la hauteur de la pépinière et traverse l’oued « Mellah à quelques mètres au-dessus de son confluent avec l’Oued-Mersa, à 2 km de la place… »
Arrivé à ce point, le carré est pressé par 2 000 Kabyles et beaucoup de chasseurs sont tués. « Les Arabes pouvaient tirer sur nous à loisir de tous côtés, ayant épuisé notre dernière cartouche. Enfin, on gagna le bas du ravin et on forma un troisième carré dans les figuiers. Nous n'étions plus que quarante hommes, notre brave lieutenant, Monsieur de Chappedelaine ayant été tué entre le deuxième carré et le premier carré ; au milieu du dernier étaient encore debout le capitaine, le chirurgien et l'interprète. »
« Le capitaine de Géreaux donne l’ordre de la retraite. L’interprète est fait prisonnier »



Le Troisième Carré
Le capitaine de Géreaux, pour la troisième fois, ordonne de former le carré. A cette voix chacun s’arrête, et le carré se forme. Vingt-cinq hommes à peu près sont encore debout. Le dernier clairon valide, Siguier, sonne de tous ses poumons et espère attirer l'attention du fort.
« Ils tombent bientôt, fusillés à bout portant malgré les protestations du cheik des Ouled-Ziri, El-Hadj-Kadour-Ben-Hocein. »
« Une cohue immense, armée de fusils, de sabre et d'armes de toutes sortes, est là sur une profondeur de deux cents mètres... Dès lors, chacun pour soi et en avant dans la masse profonde des Arabes qui nous poussent de toutes parts. La baïonnette décrit toutes les arabesques de l'escrime, en moulinet continuel. Devant nous, à nos côtés, derrière, on ne voit que des flamboyants de colère »
Madame Robillot, ancienne cantinière du 8e bataillon de chasseurs d’Orléans dont le mari, clairon au bataillon, fut tué le 26 septembre 1845 aux portes de Nemours, explique : « …Plus de soixante furent tués près de la source, à l’endroit où s’élève aujourd’hui le monument appelé le tombeau bien qu’ils n’aient pas été enterrés là. Mon pauvre mari était de ceux-là … »
Antoine poursuit : « … Plus de chef excepté le caporal Lavayssière qui avait encore son arme, tout le reste est désarmé. Il fallut gagner Nemours à grand pas ; mais toujours dans la mêlée de l’ennemi qui achevait sans pitié ceux qui tombaient sous leurs fers. Arrivé à 1500 mètres du fort, par des signaux et des cris qu’ils firent entendre pris dans la mêlée de l’ennemi et ne purent se défendre que par deux coups de canons tirés… »

La petite troupe est à 50 mètres et quelques chasseurs échappés du massacre rejoignent le groupe. Ils se présentent à la porte où ils ont beaucoup de peine à se faire reconnaître. Finalement, les seize héros sont sauvés.

Au bilan, de la colonne Montagnac, il ne reste plus que seize survivants, seize braves :
- le caporal Lavayssière
- le caporal-conducteur : Jean-Pierre
- le clairon : Siguier
- les chasseurs Langlais et Rimond
- les carabiniers Delfieu, Laparra, Fert, Langevin, Médaille, Antoine, Tressy, Léger, Michel et Audebert
- le hussard Natali.

Les survivants sont dans un état d’épuisement et de fatigue impressionnant.
Deux meurent immédiatement :
- Audebert tombe à 6 ou 7 mètres de la porte et meurt aussitôt,
- Jean-Pierre meurt en franchissant la porte.
Puis trois autres suivent :
- Médaille survit un mois et meurt le 26 octobre 1845 à l’ambulance sédentaire de Djemmaa,
- Siguier meurt à l’hôpital d’Oran le 11 décembre 1845,
- Fert est transporté à l’hôpital militaire de Tlemcen et meurt le 19 janvier 1846.

(Collection Lamblard)
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