BATAILLONS DE CHASSEURS

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 Les Chasseurs à l'Hartmann

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MessageSujet: Les Chasseurs à l'Hartmann   Les Chasseurs à l'Hartmann EmptyLun 9 Juil 2007 - 11:37

Bonjour à tous,
Après les discussions consacrées à l'HWK dans une autre rubrique du forum, je me suis dit qu'il serait peut-être bon de présenter quelques témoignages de Chasseurs qui ont souffert là-haut. Ouvrons le ban !

Bien cordialement,
Eric Mansuy

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Le 13 à l’Hartmann

Pour les états-majors, c’était l’HWK. Pour nous, c’était l’Hartmann. Pour les chasseurs du 13ème c’était l’Artemane. Nul n’employa jamais le mot stupide de Vieil Armand.
C’était en janvier 1915, un nom totalement inconnu. Les Alsaciens allaient à la belle saison au Molkenrain, au Grand Ballon, sommets d’où l’on avait une vue magnifique jusqu’aux Alpes. Pourquoi seraient-ils allés à l’Hartmannswillerkopf, gros sommet arrondi sous une épaisse forêt de sapins d’où l’on ne voyait rien et auquel aucun sentier ne conduisait ?
Pendant des mois, ce massif fut un no man’s land. Les Allemands, peu nombreux, restaient dans la plaine. Les attaques de Noël et du Nouvel An sur Steinbach et Cernay avaient alerté le commandement allemand, qui renforça ses troupes de Haute-Alsace qui se mirent à patrouiller dans la montagne.
Du côté français, au début de janvier 1915, le massif du Molkenrain était le domaine du 28ème bataillon de chasseurs. C’était un secteur immense ; le 28ème n’en tenait que quelques points par des grand’gardes. La neige, tombée en abondance, accentuait l’isolement des compagnies et rendait les liaisons précaires.
Entre le sommet du Molkenrain (1.150 m.) et l’Hartmann (956 m.), Silberloch (900 m.) n’était qu’une légère dépression de la crête. La compagnie du 28 qui y était en grand’garde avait couvert sa gauche par un petit poste au sommet de l’Hartmann. Reconnu par des patrouilles allemandes, ce poste isolé faillit être enlevé. Débloqué à temps, l’effectif en fut porté à une demi compagnie (2 sections de la 1ère compagnie du 28ème sous les ordres du sous-lieutenant CANAVY).
Le 9 janvier, les Allemands récidivèrent, cernèrent le sommet, et ne cédèrent que devant la contre-attaque de deux compagnies du 28. Le reste de la 1ère compagnie du 28 vint renforcer le peloton CANAVY. Les Allemands s’étaient installés à mi-pente et, cette fois, c’est avec un bataillon qu’ils allaient exécuter leur coup de main.
Le 19 janvier au matin, le commandant de la 1ère compagnie descendit de l’Hartmann à Silberloch avec 25 chasseurs pour le ravitaillement. Quand la corvée remonta, les Allemands, établis en travers de la piste, ouvrirent le feu. Immédiatement, la 3ème compagnie du 28, renforcée d’une du 68ème, intervint : elles ne purent forcer le barrage. Le commandant COQUET, du 28ème bataillon, alerta la vallée : l’Hartmann entrait dans l’Histoire.
Le 7 janvier, le commandement français avait renoncé aux attaques de la cote 425 sur Cernay ; il pensa alors tenter de déboucher dans la plaine, plus au Nord, vers Uffholtz et Wattwiller, villages au pied du massif boisé du Molkenrain. Avant toutes choses, il était indispensable d’aménager un chemin dans la forêt et de construire quelques abris. A partir du 10 janvier, deux compagnies du 13 et deux du 53, qui venait d’arriver dans la vallée de la Thur, y furent employées.
Le 19 janvier, à l’appel au secours du commandant COQUET, ces compagnies furent immédiatement dirigées sur Silberloch. Guidées par des chasseurs du 28, elles s’engagèrent aussitôt.
Tout ce qui restait dans la vallée avait été alerté et mis en route, le 19 au soir, vers l’Hartmann. Après six heures de marche en colonne par un, on parvint à Silberloch. Sous les sapins, sur la neige, les premiers cadavres attendaient une sépulture.
Je dois l’avouer, j’eus l’impression que l’affaire de la Tête de Béhouille, combat sous bois du 3 septembre 1914, où le 13 avait laissé la moitié de ses effectifs, allait recommencer. Où était l’ennemi ? Partout et nulle part. On n’en savait rien... Où était le sommet ? On voyait bien une pente neigeuse qui montait légèrement vers l’Est. C’était par-là, mais où ? 200, 400, 800 mètres ?
Nos trois compagnies se déploient : 6ème à gauche, 2ème au centre, 3ème à droite, et avancent en petites colonnes. Au bout de 150 mètres, les balles sifflent de tous les côtés, un feu précis, ajusté. On stoppe.
Le colonel GOYBET qui vient d’arriver pour diriger les opérations, a un ordre de la Division : « L’affaire doit être terminée pour ce soir. »
Le général DIDIO - alors capitaine - a raconté la scène dans ses souvenirs et il ajoute : « Je revins vers de la Tour. Ils sont fous, me dit-il. C’était bien mon avis, mais je lui répondis : On ne te demande pas s’ils sont fous. On te dit d’y aller. » C’est parfaitement exact. Et j’ajoutai : « Eh ! Bien, allons-y... mais pour enlever nos chasseurs, faisons sonner la charge. »
Les clairons furent rassemblés et, sous les sapins, la sonnerie de la charge retentit. Baïonnette au canon, enfonçant dans soixante centimètres de neige molle, la ligne entière fit un bond. La fusillade éclata plus nourrie que jamais et tout se coucha. Alors, on entendit un clairon qui sonnait le refrain du 28, et les notes jadis joyeuses aujourd’hui lugubres avaient l’air de provenir de très loin. Nous étions encore loin du but...
Ce sentiment d’impuissance à délivrer des camarades était atroce. Il y a des moments où l’on a envie de se faire tuer. Je tentai un bond, jusqu’au pied d’un gros sapin. Deux chasseurs m’accompagnaient : l’un d’eux s’écroula une balle en plein front.
Par quelqu’endroit qu’on attaquât, malgré les pertes et le courage, aucun effort ne parvenait à briser la ligne que les Allemands avaient établie pour protéger l’investissement du sommet qu’ils se gardaient bien d’attaquer. (L’Historique allemand nous apprend qu’ils avaient amené un nouveau bataillon de renfort.)
Les chasseurs avaient sorti les pelles-bêches. Rapidement, chacun creusa son trou dans la neige. Inutile de décrire ce que pouvait être une nuit à 900 mètres d’altitude par -15 degrés.
Le 21 janvier au matin, un nouveau bataillon alpin arrivait : le 27. Il attaqua entre les deux ravins du Sihl, et échoua, comme les autres. Le soir même, il était retiré.
Pour profiter de l’attaque du 27, le commandant BARRIÉ avait demandé un nouvel effort au 13. Deux sections de la 2ème compagnie et deux sections de la 6ème sortirent de leurs trous de neige, purent faire une cinquantaine de mètres jusqu’à toucher le fil de fer que les Allemands avaient déjà tendu. On put apercevoir, à quelques mètres, sur la crête, un retranchement à créneaux qui fut, par la suite, dénommé le Fortin. Cette attaque donnait en plein sur la 7ème compagnie du 84ème régiment qui occupait le Fortin, laquelle, nous dit l’Historique dudit régiment, « vécut des minutes angoissantes, mais les assaillants ne parvinrent pas à briser la barrière de feu dont les défenseurs s’étaient entourés ». Les quatre sections du 13 subirent en effet de grosses pertes.
Le commandant BARRIÉ, souvent en première ligne pour encourager ses chasseurs, rentrait à son PC. de Silberloch quand une balle le tua net.
Dans l’après-midi du 21, on entendit un coup de départ et l’on aperçut, dans le ciel, à travers les têtes de sapins, une énorme quille qui montait, puis piquait vers le sol et explosait : appelé tuyau de poêle par les chasseurs, c’était un Minen. Ce Minen et ses suivants n’était pas pour nous, mais pour les défenseurs du sommet de l’Hartmann. Le lieutenant CANAVY et la moitié de ses chasseurs furent tués... Le premier acte de la tragédie de l’Hartmann était terminé...
Le 23 janvier, le 7ème bataillon de chasseurs, commandant HELLÉ, tenta à son tour et sans succès une attaque devenue inutile. Le 7 resta sur place et releva une partie du 13ème. C’est ainsi que ma compagnie fut envoyée au Molkenrain (1.150 mètres) où il y avait quelques abris... Ma compagnie ! A peine 70 chasseurs dont une vingtaine ne pouvaient mettre de souliers et marchaient les pieds enveloppés dans des chiffons et des bandes molletières.
En ces deux journées des 20 et 21 janvier 1915, le 13 avait eu plus de cent tués et trois cents blessés auxquels s’ajoutèrent les jours suivants trois cents évacués pour pieds gelés. Le poste de secours était dans une baraque à Heerenfluh, au terminus du sentier aménagé. Les blessés pouvant marcher mettaient deux heures pour y arriver ; quant à ceux qui ne le pouvaient, les brancardiers devaient faire un effort surhumain pour les transporter par le sentier verglacé de Silberloch à Heerenfluh : au delà, il fallait encore deux heures de brouette pour parvenir à la route et à l’auto qui les amenait à l’ambulance de Bitschwiller.
Le 13 restera encore deux mois à l’Hartmann, et, quand il descendra dans la vallée, le 20 mars, ce ne sera pas sans avoir, le premier, entrepris la reconquête de l’Hartmann.
Là-haut, dans la neige, en effet, le bataillon s’était reconstitué. Le commandant RIPERT D’ALAUZIER en avait pris le commandement, les officiers blessés en août et septembre 1914 (RÉMY, ENGEL, GILLON, VIALLET) étaient revenus et avaient pris le commandement des compagnies. Des sous-lieutenants provenant de la cavalerie et de l’artillerie encadraient les sections et les jeunes des classes 1914 et 1915, pleins d’allant, infusaient au bataillon un sang nouveau.
Le commandement enfin avait compris, ce que Joffre devait plus tard ériger en maxime : « L’artillerie détruit, l’infanterie submerge ».
Le 5 mars, une douzaine d’obus de 110 kilos, tirés avec une remarquable précision par une batterie de mortiers de 220, écrasaient le Fortin. Il y avait là toute une compagnie du 16ème régiment d’infanterie allemande. Elle fut anéantie. La 3ème compagnie, avec deux sections des 2ème et 6ème s’empara des survivants et occupa le Fortin. Le 6, une contre-attaque ennemie fut repoussée. Le 7, précédée d’un tir d’artillerie lourde et de Minen, une nouvelle contre-attaque fut menée par tout un bataillon : elle échoua sous les feux des chasseurs. Le bataillon allemand perdit 7 officiers et 310 hommes.
Désormais la reconquête de l’Hartmann allait être, avant tout, une affaire de préparation d’artillerie. Quant à l’objectif lui-même, ce n’était plus qu’une question de prestige.
« L’Hartmann, disait un artilleur un peu désabusé, c’est la lutte du mulet contre le chemin de fer. » Il convient donc, pour terminer, de rendre hommage à nos muletiers et à leurs miaules. Ce sont eux qui nous apportaient chaque jour, vivres, effets chauds, planches, fil de fer, tôles : six heures de montée, quatre pour redescendre, soigner le mulet à l’arrivée, et recommencer le lendemain. Durant deux mois, par la pluie, la neige, le vent, le verglas, ce sont eux qui nous ont permis de subsister, de tenir et de gagner. Grâce à eux, le mulet l’a emporté sur le chemin de fer.

Général BONNET DE LA TOUR

Les Cahiers de Savoie, numéro 5, janvier - mars 1965.
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MessageSujet: Re: Les Chasseurs à l'Hartmann   Les Chasseurs à l'Hartmann EmptyJeu 12 Juil 2007 - 8:04

Bonjour Eric,
J'ai apprécier le texte que vous nous avez présenté bounce sans vous remercier . :oops:
Amicalement,
Yvick
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